Poissons En Éventail

A Lorient, devant l’étal de poissons que vient de pêcher Olivier Laplace, on hésite à s’avouer que toutes ces splendeurs sont destinées à être cuisinées et mangées. Si l’appréciation culinaire commence par l’oeil, c’est bien ici qu’il faut venir, tant que les écailles ont encore un peu de leur éclat naturel et nous aveuglent par une subtile débauche de couleurs et textures.

C’est comme un dernier témoignage de la vie, de sa beauté, de son énergie, son optimisme. Un rappel aussi, que jadis la vie terrestre est sortie des abysses, et que sur la carte de ce continent sous marin, caché à l’oeil de l’homo erectus, de vastes régions sont encore par nous inexplorées. Ces poissons de roche et de récif sont comme une invitation d’aller à la rencontre de ce monde-là.

Tant de beauté, pourquoi ?, se demande-t-on, avant de se rappeler que la couleur n’est pas qu’un divertissement esthétique, c’est aussi une diversion, un moyen de détourner le danger, d’alerter, d’intimider, de séduire la partenaire… du poisson. Et puis, il y a les leçons qu’en tirent les designers et les ingénieurs, leçons d’esthétique et de construction, d’assemblages de motifs et couleurs et de structures d’écailles. Chez les uns, cela inspire tissus et juxtapositions, chez les autres des concepts technologiques d’avant-garde. Il y a tout cela sur un étal de poissons …

Source : Tropical Magazine n° 15, saison 2005-2006.

Photos : Laurent Benoît

Textes : Vladimir Klein

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