Les ateliers Cassiopées

Comme la constellation du même nom, dans la fièvre du carnaval les Cassiopées irradient tout sur leur passage, leurs étoiles brillent de milles feux. Chaque année, leur apparition sur le bitume brûlant aimante les superlatifs, déployant dans la foulée la juste récompense d’un travail de longue haleine. Visite des ateliers où, du croquis à la parade, le rêve prend forme.

A Saint-Barthélemy comme ailleurs dans la Caraïbe, le carnaval rythme la vie sociale de l’Epiphanie jusqu’au Mercredi des Cendres. Le Mardi Gras, bien sûr, la foule costumée envahit la rue pour l’annuel marathon festif où l’originalité est de rigueur et l’excentricité bienvenue. Pourtant, grâce à quelques belles initiatives personnelles et associatives qui font swinguer l’ADN de cette vielle tradition, le carnaval à St-Barth ne ressemble en rien à ceux fêtés sur d’autres îles.

Parce qu’il défend l’idée d’un carnaval féerique et spectaculaire, en l’an 2000 Bertrand Larreguin, restaurateur et chef renommé, crée avec ses amis l’association Les Cassiopées, qui comprend aujourd’hui une quarantaine de personnes.

Dans un monde où tout s’accélère, celle-ci prend le temps de tisser son défilé. Le dernier cortège achevé, Bertrand, tel une étoile qui se projette toujours plus loin, pense déjà au prochain. De la réalisation des croquis pour les déguisements à la fabrication de la bande-son en passant par la régie des fournitures, il s’investit dans un rôle de metteur-en-scène-chef d’orchestre-scénographe pour que la fête soit à chaque fois plus étonnante.

C’est sans doute lors de son passage à La Banane, célèbre cabaret de Jean-Marie Rivière, où il était à la fois second en cuisine et imitateur de Tina Turner, qu’il a aiguisé son goût pour le music-hall.

Des mois à l’avance, il organise les ateliers. Tout est calculé dans le moindre détail, silhouettes coupées au scalpel, choix de matières chatoyantes et d’accessoires King Size. Il n’y aura pas non plus de répit pour les acteurs. Hommes, femmes, enfants, se transforment chaque semaine en de véritables petites mains d’atelier haute couture. « Lors de ces ateliers, on rigole pas mal, on travaille beaucoup, on s’énerve un peu ». Car ce sont parfois 90,000 paillettes et strass collés à la main, 850 mètres de tulle rassemblés en échafaudages légers comme des caresses, des kilos de plumes de faisan retaillées pour froufrouter avec les alizés, des kilomètres de tissus devenus drapés parfaits. Le tout rehaussé de glamour par une chorégraphie spécialement créée par Kim, professeur de danse en l’île et habituée des cabarets. Répétée jusqu’au dernier pas, au final celle-ci sera exécutée une quarantaine de fois dans les rues de Gustavia.

Ainsi, le jour J, les Cassiopées parviennent à surprendre et à charmer. Grâce à la foule, le spectacle déborde de la chaussée. Les femmes oiseaux s’élancent scintillantes comme des filaments de lumières, les étoffes vibrent sous les sourires et les flashs crépitent. Au fil des années, les dieux Incas, les elfes, les Marie-Antoinette et les déesses indiennes se sont téléscopées dans la danse. On en ressort ébloui par la maîtrise du travail et la richesse des inspirations.

Lorsque Vaval brûle, il nous reste alors des instantanés de plaisir, des images belles comme des souvenirs.

Source : Tropical magazine n° 16, saison 2006-2007.

Photos : Laurent Benoît & Collection privée

Rédaction : Nathalie Esperabé

Fichiers attachés