Le scrimshaw

Cet art, qu’on appelle aujourd’hui « scrimshaw », était pratiqué traditionnellement par les Inuits et d’autres populations indiennes américaines le long de la côte du Nord-Ouest Pacifique.

L’étymologie du mot scrimshaw reste incertaine. D’origine néerlandaise selon certains, il est entré dans la langue anglaise au milieu du 19ème siècle. Dans leur « Dictionary of Slang » (1897), Barrière et Leland le définissent comme un américanisme signifiant : « tout objet produit par les mains pendant les heures de liberté ».

C’est surtout à bord des baleiniers que se développa cet engouement pour le scrimshaw, sorte d’exutoire pour ces marins à la vie rude mais souvent en mal d’occupation. C’est l’art de la gravure sur dents et os de cachalot, baleine ou morse qui va s’imposer comme la forme définitive de scrimshaw, et aujourd’hui c’est ce que le terme désigne. La légende voudrait, car dit océans dit légendes, que l’on utilisa aussi la corne du narval, mythique licorne des mers... insondables.

Ce qui est sûr, c’est que chacun y gravait son cœur, ses peurs, ses croyances et superstitions, les saynètes inspirées par son quotidien… autant de témoignages de la vie de ces hommes. Ces divers objets faits et rapportés en guise de présents, la plupart du temps pour les femmes et les fiancées, ont certainement commencé à apparaître au début du 17ème siècle, quand les baleiniers furent contraints de quitter les côtes nord-américaines et norvégiennes pour la haute mer. Les voyages étaient longs, parfois de plusieurs années, avant que le bateau ne rejoigne son port d’attache.

De nos jours, l’art du scrimshaw a évolué, la nécessité de protéger les espèces menacées par les excès de l’homme, a donné au support, compte tenu de sa rareté, une autre dimension, et a poussé les artistes à rechercher de nouveaux supports.

Néanmoins, la technique reste sensiblement la même, si ce n’est que la peau de requin et la cendre de bois ont été remplacées par le papier à poncer, pour rendre la surface de travail lisse et brillante et l’aiguille à voile a cédé la place à la pointe de tungstène et divers outils empruntés... du cabinet dentaire.

Le travail de gravure commence toujours sur une surface parfaitement polie.

Sandrine redessine d’abord au crayon après avoir passé une gomme légèrement abrasive, sans laquelle le crayon ne marquerait pas la surface polie ; et c’est le jeu de la lumière sur le support qui lui permet de voir ce qu’elle dessine. La couleur, ensuite, viendra se loger là où sa pointe est passée. Là, l’encre de chine, ou encore la peinture à l’huile, se substituent au vert de gris des lampes à pétrole, suies, ou noir de calamars utilisés traditionnellement.

Pour Sandrine, le dessin a toujours fait partie de son existence, et ce sont les hasards du voyage et les rencontres qui l’ont amenée, il y a une dizaine d’années, au scrimshaw.

On pourrait même parler d’une succession de hasards : la rencontre de Roy, à Madagascar qui lui parle de cet art qu’elle connaissait vaguement, le cadeau de John, une petite dent de cachalot, et quasiment dans le même temps, la rencontre avec Sharon Burger, l’une des deux scrimshanders, c’est ainsi qu’on appelle ces artistes rares, d’Afrique du Sud.

Sandrine, en se familiarisant avec cette île, si particulière, qu’est Saint Barth, avec son histoire, sa population, son relief, s’est mise à penser à ce que lui avait demandé un grand collectionneur de scrimshaw à Cape Town, Stanley Dorman : des paysages de Haut Bay avec sa montagne Constancia et du Cap avec la Table Mountain et d’anciens gréements, à l’ancre, dans la baie, comme à l’époque...

Dès lors, cette idée a fait son chemin dans sa tête… réaliser des gravures de Saint-Barth à partir des archives témoignant de l’histoire de cette île si attachante, lovée aux creux de l’arc des Caraïbes. Après quelques recherches et avec l’aide de ses nouveaux amis, elle a trouvé matière à réaliser ce projet.

Pour la petite histoire, Sandrine et son compagnon de vie se sont embarqués, un jour, pour un voyage à la voile, qui suit toujours son cours... Depuis le Pacifique jusqu’à Saint-Barth, il aura fallu 14 années, et de nous dire aujourd’hui qu’il en faudra bien autant pour découvrir les Caraïbes. Alors « Mabrouka Kalfouna ! » ( Salut Caraïbe !).

Source : Tropical magazine n° 17, saison 2007-2008, page 53.

Texte : Maud Toledo

Photos : Elisa Bally - Jean-Jacques Rigaud

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