Le Meilleur Vin du Monde 2008

La revue œnologique américaine The Wine Spectator a publié début février 2008 son classement annuel des 100 meilleurs vins du monde. C’est un châteauneuf-du-pape, le Clos des Papes millésime 2005 de la maison Avril. Le meilleur vin du monde est donc un vin français (cocorico !), qui plus est abordable : 35 euros la bouteille au départ de la propriété. Le problème, c’est que son créateur Paul Avril n’en étant pas à son coup d’essai (le millésime 2003 avait déjà fini 2e du même palmarès), et à ce prix-là toute la production était vendue avant même la mise en bouteille, et expédiée illico dans 35 pays.

Mais comment élabore-t-on le meilleur vin du monde ? Tout commence par un vignoble exceptionnel, fondé au XIVe siècle par les Papes d’Avignon sur les rives du Rhône. Le domaine de Paul Avril, dernier d’une lignée de vignerons qui remonte à l’an 1600, y occupe une trentaine d’hectares divisés en 24 parcelles dont certaines sont situées dans l’enceinte même de l’ancien château. Cette terre pauvre, aride, riche en galets roulés qui retiennent la chaleur du soleil de provence, est plantée de vieilles vignes, âgées de 60 ans en moyenne, mais certaines ont plus de 80 ans, patiemment élevées. Elles donnent avec parcimonie des grappes patiemment vendangées et triées à la main à maturité : pas plus de 25 hectolitres à l’hectare, alors que l’administration française en autorise 35.

Traditionnellement, 18 cépages (dont un blanc) peuvent entrer dans l’assemblage d’un châteauneuf-du-pape. Pour le Clos-des-Papes 2005, c’est la grenache qui domine de ses accents puissants et corsés. Or selon Paul Avril, « Le grenache ne donne rien avant 14,5 degrés ». Qu’à cela ne tienne : son vin titre allègrement 15 degrés naturels… Ceux qui ont eu la chance de le déguster (après deux bonnes heures de décantation en carafe, on ne brusque pas impunément un vin de ce gabarit !) célèbrent ses arômes puissamment concentrés de cerise et de fruits rouges, avec une note de réglisse.

Alors, prêts à déguster le « meilleur vin du monde » pendant votre séjour à Saint Barth ? Pour y parvenir, il vous faudra en premier lieu vous procurer quelques flacons dudit nectar. Difficile, mais pas impossible : moyennant un prix plus proche désormais des 60 ou 80 €, plusieurs sites de négoce ou d’enchères sur Internet proposent encore quelques-unes des 85 000 bouteilles produites. Oui, c’est peu : en comparaison, la production de Château-Margaux, le sommet des bordeaux, est de 200 000 bouteilles…

Puis il vous faudra lui trouver un moment (plutôt le soir, pour pouvoir profiter d’une relative fraîcheur) et un plat à sa mesure. Les poissons, on oublie. La cuisine créole ? Pourquoi pas, la robustesse du Clos des Papes lui autorisant pas mal d’audaces. Mais c’est finalement sur une viande grillée, au barbecue en toute rusticité, qu’il donnera toute sa dimension. Comme quoi, on peut tutoyer le bon Dieu et rester simple…

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