Guillermo de Yavorsky, photographe,...

Guillermo de Yavorsky est un grand jeune homme brun à la voix sonore. Très grand, très brun, très sonore. À Saint-Barthélemy où il réside la majeure partie de l’année, il est connu comme associé du cabinet de design architectural Design Affairs. Mais c’est en tant que photographe qu’il se présente, dégainant dès les présentations son iPhone dans lequel il stocke une sélection d’images pour improviser une petite exposition de poche de ses travaux en cours. Visite guidée.

« Call with… »

Le projet du moment, entamé après une série sur le football en Afrique du Sud, s’intitule « Skype portraits ». Le principe : lors d’échanges sur la messagerie instantanée Skype avec des amis ou des personnes contactées pour l’occasion, Guillermo photographie l’écran de son ordinateur, immobilisant un instant de communication étrangement proche avec des interlocuteurs souvent situés à des milliers de kilomètres. Des images au grain présent, aux silhouettes fantomatiques, qui se dissolvent dans la brume bleue de l’écran, le seul élément vraiment net étant la console du logiciel qui énonce laconiquement le nom de l’interlocuteur : Call with Aleisa Mondolfi parfois suivi d’indications de lieu : From Caracas to Paris, From New York to St Barts…

« Ce qui m’intéresse c’est le sentiment d’ubiquité donné par la technologie, et le côté immatériel de l’image : au bout d’un moment les gens ne se rendent plus vraiment compte que je suis à l’autre bout du monde avec mon appareil, et que je suis en même temps chez eux, avec eux. J’ai surpris des choses merveilleuses, comme cette amie que je laisse quelques minutes le temps de changer de carte mémoire et que je retrouve en train d’allaiter son bébé à l’écran… »

Showcase

D’autres sont bien conscients que Guillermo les observe et lui font un show, depuis les grimaces de potaches jusqu’aux dévoilements complices ou aux étreintes impudiques, les yeux braqués sur la webcam. Avec, toujours, cette sensation que le moment d’intimité capturé n’est rendu possible que par la dématérialisation et l’éloignement. Parfois le décor dévoile quelque chose du contexte, panneau de signalisation ou détail architectural, et la distance se révèle. Mais le plus souvent la proximité avec le modèle abolit l’éloignement car, à travers le filtre flou de l’image basse définition de la webcam, rien ne ressemble plus à une chambre ou à une bibliothèque qu’une autre chambre ou une autre bibliothèque.

Pour exposer ce travail, Guillermo fera réaliser des tirages papiers grand format plutôt que de présenter les clichés sur écran. « C’est plus intéressant de sortir de l’écran, de casser le jeu de l’écran dans l’écran dans l’écran. Le tirage papier fera aussi mieux sentir le grain propre à l’image Skype ». L’image, la projection de l’image, le dialogue entre l’image, son émetteur et la surface qui la reçoit sont aussi au cœur d’un nouveau projet de Guilllermo : des prises de vues d’images de voyages projetées sur un corps nu, déformées et décontextualisées par celui-ci.

Incognito

Quant à son activité officielle sur l’île, elle ne l’éloigne pas non plus beaucoup de l’art. Guillermo a notamment collaboré avec Christian Liaigre à différentes réalisations comme l’hôtel Le Sereno et les Villas du Sereno ou encore à l’édification de la villa du marchand d’art américain Larry Gagosian, « l’une des cinq personnes les plus influentes sur le marché de l’art contemporain, précise-t-il, bien que sa villa soit totalement vide de toute forme d’art ! » Un chantier qui attire, comme partout, la curiosité des badauds : « C’était le 25 décembre. Il n’y avait encore que les fondations, et ce type en scooter de location s’arrête discuter… » C’était Roman Abramovitch, le jeune milliardaire russe propriétaire du Chelsea F.C. « Saint-Barthélemy est l’un des seuls endroits au monde où il peut se balader comme n’importe qui, sans risque. » Sauf, peut-être, celui de se retrouver piégé par le Ricoh de Guillermo et intégré à l’un de ces projets qui attendent dans son iPhone l’occasion d’être exposé. Chez Gagosian ?

Photos : Guillermo de Yavorsky - "Kenako Bafana" / "Skype Portraits". Carol-Ann Vangindertael (portrait). Jf Tricot (portrait).

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