Christian Liaigre l'insulaire

On ne présente plus Christian Liaigre, designer et architecte d’intérieur au succès planétaire, décorateur des demeures de Calvin Klein, Karl Lagerfeld ou Valentino (entre autres), d’un hôtel à New-York ou d’un centre commercial de luxe à Kuala Lumpur. On croit connaître l’auteur de l’iconique (et très plagié) tabouret Nagato, hommage de chêne brut aux socles de sculptures de Brancusi, découverts à 17 ans dans l’atelier de l’artiste en compagnie de Giacometti. On lui envie son style fait d’apparente austérité et de savante simplicité, qui va de pair avec une passion maniaque des matières, des finitions, de l’agencement. On voudrait lui reprocher la vogue du wengé, ce bois sombre africain devenu symptomatique du design mobilier de luxe, et aujourd’hui menacé de surexploitation. C’est vrai, il en a lancé la mode. Mais le sien provient d’un ancien stock de traverses de chemin de fer…

Insaisissable Christian Liaigre, qu’on imagine en citadin accompli plus familier des salons du 7e arrondissement parisien, de Hampstead ou de Silom Road plutôt que des cases de Saint Barth. Saint Barth, son sable, sa lumière, ses salines, comme un écho à l’île de Ré de son enfance, une île de Ré encore agricole, maritime et préservée du tourisme, comme la Saint Barth d’avant l’avion. On sait la fascination des hommes pour les îles, et des artistes en particulier. Gauguin et Tahiti, Brel et les Marquises… Liaigre, entre Ré et Saint-Barth, de part et d’autre de l’Atlantique ? Et si précisément, ces deux îles qui se répondent étaient une des clefs du style Liaigre ? Lumière, blancheur des sables et du sel, subtilité des couleurs passées au soleil, magie des bois flottés, des joncs agités par le vent… Et aussi le sens de la mesure, intrinsèquement lié au mode de vie insulaire où tout compte, tout se compte, l’eau, la terre, les vivres, hormis la lumière, l’espace et l’immensité de l’océan.

Entre ses meubles aux bois agencés avec la précision d’un charpentier de marine et ses autres pièces frêles comme des brindilles, Christian Liaigre esquisse peut-être tout simplement la « Possibilité d’une île », un voyage immobile, propre à séduire les jet-setters en mal de port d’attache à New-York, Paris, Bangkok. Et Saint-Barth bien sûr, où il possède un pied-à-terre aménagé et meublé par ses soins pour y recevoir quelques amis. Mais on peut aussi goûter au style Liaigre sur l’île sans faire partie des familiers : outre son Showroom de Gustavia où l'on peut acquérir ses dernières créations, les visiteurs de passage peuvent aussi descendre à l’hôtel Le Sereno, entièrement réaménagé par Christian Liaigre.

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