Saint-Barth la cosmopolite

À l’image de son blason qui associe le Pélican caraïbe, fleurs de lys française, couronnes suédoise, croix de Malte et devise amérindienne, l’histoire de Saint-Barth est émaillée d’une longue série de conquêtes et de reconquêtes successives qui ont forgé sa personnalité unique.

Peuplée à l'origine par les Indiens Arawaks, bientôt exterminés par les Indiens Caraïbes, l'île de Saint-Barthélemy se serait appelée à l'origine Ouanalao, de ioüna-lao « iguane dessus », « où il y a des iguanes », un nom dont le blason de l'île garde encore le souvenir. D'ailleurs, selon d'autres sources, "ouanalao" signifierait "pélican".

Si les pélicans sont devenus un emblème de l'île au même titre que l'iguane qui lui a donné son nom primitif, les symboles héraldiques se font également l'écho des soubresauts d'une histoire riche, où s'enchevêtrent domination de l'Ordre de Malte, période française et période suédoise. Les trois fleurs de lys rappellent ainsi que Saint-Barthélemy fut française de 1648 à 1785 puis à nouveau après 1878, les trois couronnes évoquent la période suédoise de l'île de 1785 à 1878, et la croix de Malte la présence de l'ordre de Malte de 1651 à 1665.

Le nom du frère de Colomb

Mais c’est sous pavillon espagnol que Saint Barth fait son entrée dans les Temps Modernes. C'est en 1493, lors de son second voyage que Christophe Colomb découvre cette île peuplée d'Indiens Caraïbes. Il lui donne le nom de son frère Bartolomeo et la revendique pour les rois catholiques. Mais les Espagnols ne s'intéressent pas à cette île, jugée trop exiguë pour y développer une agriculture intensive rentable.

La désaffection espagnole laisse le champ libre aux Français. La colonisation de l'île dépend en principe de la Compagnie des Isles d'Amérique, censée fonder des établissements sur les îles d'Amérique qui ne sont pas encore occupées par des rois chrétiens. Mais en 1648, alors qu'arrivent de Saint-Christophe, alors française, une cinquantaine de colons Français, la Compagnie est en faillite.

Philippe Longvilliers de Poincy, commandeur de l'Ordre de Malte, œuvre pour que l'Ordre acquière l'île, mise en vente en 1651. Mais les colons qui subsistent tant bien que mal par la culture, la pêche, l'exploitation du sel et l'élevage, sont massacrés par les Caraïbes en 1656. L'Ordre de Malte abandonne l'île.

Angevins, Bretons, Vendéens… et esclaves

Sur ordre de Colbert, l'île repasse sous tutelle du roi de France en 1659. Une deuxième vague de colons, une trentaine de Français venus cette fois encore de Saint-Christophe avec une poignée d'esclaves, prend possession de l'île en 1659. Ils sont surtout originaires de Bretagne, de Vendée, du Poitou, de la Saintonge et de l'Anjou.

Compte tenu des conditions naturelles défavorables —aridité du climat, relief accidenté, pauvreté de la terre— la culture du coton et de la canne à sucre ne peuvent prendre de l'ampleur, ce qui limite la présence d'esclaves sur l'île, et les insulaires développent davantage des activités de flibuste et de pêche. Quant au roi de France, il se désintéresse de l'île : elle a surtout valeur de monnaie d'échange.

Jusqu'au traité d'Utrecht en 1713, la France ne fait pas d'effort pour encourager de nouveaux départs vers l'île : c'est bien grâce à l'obstination des Saint-Barths que la colonie survit malgré des conditions de vie difficile et des guerres incessantes entre la France et l'Angleterre. En 1744, les Anglais occupent l'île, sa population est évacuée et ne revient qu'en 1764. Mais l'île est surtout envisagée comme un parc à bestiaux et à volailles à même de nourrir les « grandes isles », un intérêt somme toute dérisoire aux yeux de Louis XVI qui cède l'île en 1784, en échange d'un droit d'entrepôt à Göteborg, au roi de Suède Gustav III.

Source concernant l'histoire et l'esclavage : www.memoirestbarth.com

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